L’artisanat reste moins soutenu en RDC

Il y a 5 ans, je me trouvais en mission à Kolwezi avec une amie française venue évaluer les activités de l’IFADEM (Initiative Francophone de formation à distance des Maîtres), un projet mené par la Francophonie sous financement belge. En route pour Lubumbashi, nous fîmes escale à Fungurme pour découvrir la cité et prendre un petit repos avant de repartir. L’amie Française profita de cette visite pour me poser la question suivante : « Narcisse, me dit-elle, que puis-je emporter comme souvenir de Fungurume, parce que partout, dans les magasins et Kiosque, il n’y a que des produits importés ?  » J’avoue avoir eu du mal à répondre à la question. Je me sentis mal du coup avant me rendre compte que le savoir et le savoir-faire local n’étaient nullement soutenus par notre société.

La question ne me quitta plus. A Lubumbashi, je fis un tour dans les ateliers de fabrications des objets (figurines) et tableaux et dans des salles d’exposition ( et de vente). Je m’aperçus que ces créations sont généralement destinées à la consommation des étrangers vivant au pays ou de passage dans nos villes. L’art, le beau, l’esthétique sont étrangers à la vie des congolais dont les préoccupations sont focalisées sur la survie. A Kamina, j’échangeais un jour avec les Abbés de la Procure sur l’absence d’une politique de promotion de l’artisanat dans le Haut-Lomami. Nous fumes tous d’accord que l’artisanat manquait. Même constat dans les autres villes de l’ancienne province du Katanga.

L’artisanat, c’est pour dire simple le génie créateur d’un peuple qui immortalise et transmet à travers les objets créés sa propre histoire, sa représentation du monde. Il capture ainsi les moments importants de sa vie à travers les objets d’art, les cartes de visite, des portraits. C’est de cette façon que la survie est possible, au propre et au figuré. Au propre, les créateurs des objets vivront du fruit de leurs inventions; au figuré, les écritures générées à travers les objets témoigneront dans le temps et dans le mode de l’exigence d’un peuple (congolais).

Quelques exemples. Lorsqu’on passe par l’Europe, l’histoire des pays visités est représentée dans les œuvres d’art, les objets scrutés, les peintures, etc. En RDC, les personnages illustres de l’histoire politiques et sociales restent inconnus du public : Simon Kimbagu, Kimpa Vita, Annuarite Ne NGapeta, Jason Sendwe, Mgr De Hemptine, M’Siri, Mgr Kabanga, Nguz Karl-i-Bond, Lukonde Kyenge, Mgr Muzihiriwa, Laurent-Désiré Kabila, Joseph-Désiré Mobutu. La liste est longue des faits et personnages de l’histoire de la RDC qui devraient alimenter la créativité artistique et artisanale. Lorsqu’on visite Lubumbashi, on n’a pas presque pas de chance d’emporter un souvenir artistique. Les émeutes du 4 janvier 1959 qui ont donné lieu à plusieurs morts (martyrs de l’Indépendance) peinent à inspirer les artistes. Lors de la sécession katangaise, vers la fin de celle-ci (décembre 1962), des barrières érigées sur la ville de Lubumbashi par les soldats de l’ONU notamment à la hauteur de l’Institut Saint-Boniface (l’actuel Kitumaini) sur la route munama en allant vers Taba-Congo. De même, au niveau de la rivière Kamalondo, non loin de l’Institut Salama, se dressait une autre barrière des soldats de l’ONU. Des courageuses femmes (Katangaises) se levèrent pour protester et déloger les forces de l’ONU. Ces femmes d’exception, inconnues jusqu’ici, ne font l’objet d’aucune représentation artisanale.

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